Baba

baba

J’en suis baba (*)

Je me souviens sur la table des grands-parents. Cet énorme gâteau qui attendait que j’en déguste une part à l’occasion d’un anniversaire. Ces primordiaux, ceux à un chiffre. J’ai encore dans les papilles le moelleux, si doux à la bouche d’une enfant, le sucre qui nappe les papilles, cette petite brûlure de l’alcool dont on avait tout de même voulu imprégner l’entremets malgré la jeunesse.

Plus tard, quand je réalisais des promenades gourmandes dans Paris, j’ai appris à le découvrir dans sa complexité, son épaisseur, sa profondeur, sa multiplicité. Le nom qui provenait sans doute des contes arabes des Milles et une nuit, le pâtissier polonais Stohrer qui l’avait emmené en France, suivant son Roi, Stanislas Leszczynski. Cette idée qu’il avait eu d’arroser un kouglof, ce gâteau bien trop sec à ses lèvres, d’un peu de vin de Malaga. À moins que ce ne soit un vin de tokaj.

J’aime cette gourmandise aujourd’hui parce qu’elle est mêlée de tout un tas d’influences, d’interprétations, de sensibilités formant un écheveau inextricable. Aucune raison de la sanctuariser, de la dresser comme icône de la nation.

(*) Je remercie les dernières élections européennes qui m’ont inspiré cette chronique pâtissière.

 

 

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