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Tous soupçonnés

Ce que j’ai ressenti quand, à Toulouse, après la sortie du train en provenance de Toulouse l’ensemble des voyageurs (80 voire 100) ont été bloqués pour être fouillés. La gare est fermée par des gendarmes et militaires en arme.

L’un d’eux me dit:  » STUP « , quand je l’interroge sur la raison de cette,ce que j’ai envie de définir comme, prise d’otage.

J’obtempère en maugréant comme les autres voyageurs.

Un chien, qui me dirat-on ensuite est censé sentir le cannabis, les munitions et les billets de banque (je pensais que l’argent n’avait pas d’odeur…), s’arrête devant moi. Fouille en règle de mon sac, les poches de ma veste, du pantalon, palpation légère.

Le gendarme me dit

-désolé, habituellement le chien ne se trompe pas.
-d’ailleurs, vous êtes sûr que vous ne consommez pas ?
-Vous n’avez même pas quelques grosses coupures avec vous  ?

Hé bien non je ne consomme pas. J’ai bien du essayer, il y a 15 ou 20 ans, mais ça ne m’a pas convaincu..; Quant aux liasses de billet…comment vous dire ?

Voilà, j’étais un parmi tant d’autres, hommes et femmes qui rentraient du travail. Une fouille en règle qui m’a laissé un goût amer.

Pour notre sécurité, tous soupçonnés…

 

Pause

repos

Repos

Il n’y a rien de plus bénéfique à l’homme qu’un travail manuel où la pensée n’est que très peu sollicitée. Le moment de la pause devient l’occasion d’une pensée précise et fluide.

N’y voyez pas là une quelconque vertu de l’art d’être porteurs de plaques… Ici comme ailleurs, l’industrie prend la main, et les savoir-faire disparaissent.

Vitesse

paysage de vitesseJ’avais entendu cette personne me dire qu’entre les métropoles composées de leurs centre-ville et banlieues, il n’y avait rien. Je ne me souviens plus si le terme était « rien » ou « vide » . Mais il fallait donc les traverser le plus vite possible. La première solution était l’avion bien sûr, qui fait saute-mouton au-dessus des territoires, l’autre solution consistait à faire de l’avion au sol, par les trains à grande vitesse ou l’autoroute.  Faire abstraction des reliefs, montagnes, villages, sentiers animaux, caches….etc.

D’une certaine manière je crois que l’annihilation des territoires arrivera vraiment quand les banlieues des villes se seront rejointes les unes les autres, restera alors encore quelques vides… nous n’en sommes peut-être plus loin du tout, voire nous y sommes.

Un paysage de vitesse très contemporain

De l’exception

panneau-alu-convoi-exceptionnel-classe-b.jpgProduits d’exception, terroirs d’exception,..l’exception revient beaucoup ces temps-ci.

L’exception confirme la règle paraît-il. La règle standard pourrait-on ajouter. Nous vivrions dans un monde standard et parfois, quelque chose de particulier apparaitrait. On l’appellerait exception.

Dans le monde de la marchandise, l’exception est devenu synonyme de qualitatif, précieux, époustouflant, sublime… Or, si dans ce monde, la communication existe c’est justement pour amplifier un message qui rendra son objet, du même coup, instantanément banal. L’exception infirme alors la règle.

Encore un mot à retirer de sa besace à moins que ce soit ce concept lui-même qu’il faille économiser. Après tout la diversité a ceci d’exceptionnel que dans le monde réel (pas celui de la marchandise), il est d’une grande banalité !

Rhizome plutôt que réseau

rhizomeIl faut non plus réseauter mais rhizomer dit Thierry Paquot… le philosophe de l’urbain pense que la ville pamplemousse est une impasse, que les grappes de villes, mêmes petites seront l’avenir. Sans doute est-ce l’image qu’il veut donner, le rhizome crée des réseaux fins partout, se développe de manière horizontale sans centre particulier.
On parle du rhizome en architecture, et ici ils en donnent une belle définition : « Le rhizome peut dans certains cas se ramifier considérablement et permettre ainsi la multiplication végétative de la plante, qui peut devenir proliférante ou traçante ; c’est le cas du chiendent ou des bambous. »

Ce serait un beau pied de nez au jacobinisme…. tout particulièrement en ces temps de régionalisme.

 

Sable

Google - depardonEn relisant cet article sur une série de cliché de la France réalisé par Raymond Depardon de 2004 à 2010 et publié dans son «Journal de France» mis en miroir avec les clichés de la « Google Car » que l’on retrouve sur Google Street Map, j’ai repensé à la nouvelle «Le livre de sable» de Jorge Luis Borges et combien elle rejoignait l’interrogation de l’artiste Caroline Delieutraz dans cette œuvre appelée Deux visions  quand elle décidait de confronter le travail de Raymond Depardon et celui de Google.

C’était un volume in-octavo, relié en toile. Il était sans aucun doute passé dans bien des mains. Je l’examinai ; son poids inhabituel me surprit. En haut du dos je lus Holy Writ et en bas Bombay.

— Il doit dater du dix-neuvième siècle, observai-je.

— Je ne sais pas. Je ne l’ai jamais su, telle fut la réponse.

Je l’ouvris au hasard. Les caractères m’étaient inconnus. Les pages, qui me parurent assez abîmées et d’une pauvre typographie, étaient imprimées sur deux colonnes à la façon d’une bible. Le texte était serré et disposé en versets. A l’angle supérieur des pages figuraient des chiffres arabes. Mon attention fut attirée sur le fait qu’une page paire portait, par exemple, le numéro 40514 et l’impaire, qui suivait, le numéro 999. Je tournai cette page ; au verso la pagination comportait huit chiffres. Elle était ornée d’une petite illustration, comme on en trouve dans les dictionnaires : une ancre dessinée à la plume, comme par la main malhabile d’un enfant.

L’inconnu me dit alors :

— Regardez-la bien. Vous ne la verrez jamais plus. Il y avait comme une menace dans cette affirmation, mais pas dans la voix. Je repérai sa place exacte dans le livre et fermai le volume. Je le rouvris aussitôt. Je cherchai en vain le dessin de l’ancre, page par page. Pour masquer ma surprise, je lui dis :

— Il s’agit d’une version de l’Écriture Sainte dans une des langues hindoues, n’est-ce pas ?

— Non, me répondit-il. Puis, baissant la voix comme pour me confier un secret :

— J’ai acheté ce volume, dit-il, dans un village de la plaine, en échange de quelques roupies et d’une bible. Son possesseur ne savait pas lire. Je suppose qu’il a pris le Livre des Livres pour une amulette. Il appartenait à la caste la plus inférieure ; on ne pouvait, sans contamination, marcher sur son ombre.

Il me dit que son livre s’appelait le Livre de Sable, parce que ni ce livre ni le sable n’ont de commencement ni de fin. Il me demanda de chercher la première page. Je posai ma main gauche sur la couverture et ouvris le volume de mon pouce serré contre l’index. Je m’efforçai en vain : il restait toujours des feuilles entre la couverture et mon pouce. Elles semblaient sourdre du livre.

— Maintenant cherchez la dernière.

Mes tentatives échouèrent de même ; à peine pus-je balbutier d’une voix qui n’était plus ma voix :

— Cela n’est pas possible.

Toujours à voix basse le vendeur de bibles me dit :

— Cela n’est pas possible et pourtant cela est. Le nombre de pages de ce livre est exactement infini. Aucune n’est la première, aucune n’est la dernière. Je ne sais pourquoi elles sont numérotées de cette façon arbitraire. Peut-être pour laisser entendre que les composants d’une série infinie peuvent être numérotés de façon absolument quelconque.

écheveau d’histoires

« Chaque histoire s’accompagne d’un nombre indéterminé d’anti-histoires dont chacune est complémentaire des autres. » Levi Strauss dans « La pensée sauvage ».

Je la prends hors contexte cette phrase. C’est la phrase qui permet de comprendre que l’histoire, si elle a une existence propre, est en fait incluse dans un ensemble d’autres histoires possibles. Tout est possiblement réalisable dans cet écheveau qui forme un tissu.

S’il y avait quelque chose que je verrais comme possible c’est la création d’un écheveau, d’un corpus malléable.

 

 

 

 

le moteur derrière

Du cheval que l’on chevauche,
Que l’on chevauche, à moto,
Du cheval qui nous tracte,
qui nous tracte, sur le tracteur,

Des compagnons de route.

Quand le moteur disparaît derrière le regard, l’homme reste devant, seul, prêt à tout prendre dans la figure, poussé vers le précipice par sa propre ingéniosité.

Inspiré d’un gars qui fait du roller poussé par un engin motorisé à une roue… jamais retrouvé mais finalement quelle importance.

bruit, bagarre, désordre et joie

Il y avait un grand-père,
cet amoureux des femmes,
cet amoureux des enfants,
cet amoureux de la vie,
bruyant, bagarreur, désordonné et joyeux
il était du genre à faire dormir un gosse dans le jardin
pour le simple plaisir de lui montrer les étoiles.

Charlie Hebdo c’est presque bizarre
qu’ils réussissent à ordonner dans un journal
toute cette vie bruyante, bagarreuse, désordonnée et joyeuse

Et Je me dis que j’en suis un peu jaloux de cette mort
bruyante, bagarreuse, désordonnée,
et joyeuse ?

C’est quand même autre chose que de mourir à l’hosto,

Longue vie à tous les Charlie.