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Liens

Ce qui fait la qualité d’une œuvre, ce sont les liens que l’on fait avec elle, avec ce que l’on connaît du monde, ce qu’on en a retenu. Certains parlent de références, je préfère la notion d’écho.

L’œuvre fonctionne quand elle fait lien avec nos intérieurs. Elle crée un chemin vers un objet, un vide que l’on comble par notre propre désir. Henri Maldiney disait que l’artiste lui-même était surpris par son œuvre, avant il n’en savait rien.

En ce sens, ma démarche face à une œuvre n’a pas pour priorité de la comprendre, je ne suis pas historien de l’art, mais de la ressentir. J’estime qu’elle a une valeur quand elle ouvre une nouvelle émotion, une nouvelle compréhension de mon monde, une faille par laquelle passera la lumière peut-être. C’est le vide, le silence, les non-dits qui font émerger le sens. L’histoire se construit alors en soi et peut devenir une part de nous même.

Le film, le livre créent du vide (et donc du sens) par les liens constitués entre des scènes..

Pour le webdoc  où l’on mélange les différentes matières informationnelles, le sens va émerger de la confrontation, juxtaposition des différentes images, textes, son…c’est le lien (hypertexte) qui va générer du vide, de l’interrogation, du sens…

En cela c’est un beau champ d’exploration qui s’ouvre pour mon travail mais saurai-je le voir ou pas… ?

La photographie représente l’oeuvre le salon de Pierre Ardouvin. Le salon, sa table basse, son tapis. Rien de plus banal.

 

 

 

 

Clic-clac

L'arlequin par Alain Passard

Interprétation visuelle de la recette L’arlequin proposée au restaurant L’Arpège par le chef Alain Passard . (j’ai modifié les couleurs et contrastes)

 

Clic-clac iconoclaste en cuisine

« il faut que les chefs soient au top tous les jours, car il suffit d’une erreur, et elle part sur Internet. »
Citation de Stéphane Riss.

Voici une réflexion, longue, issue de ces histoires de photo dans les restaurants dont on nous rabat les oreilles depuis quelques temps. Rappelons que les photos figent des instants, donc des histoires (description de faits passés) que l’on transforme en icône (des promesses quelque part). Rappelons qu’Internet apporte une hyperfluidité des images (description de faits instantanés et de multiples points de vue) qui peuvent être particulièrement iconoclastes . En espérant que cela apporte un autre regard sur le sujet.

Pourquoi ce chef, un parmi d’autres, est-il mécontent ? Avant tout il est mécontent de se faire voler son droit à raconter son histoire. En clair jusqu’à récemment c’était lui qui nous donnait les clés de compréhension du réel. Il nous expliquait comment nourrir correctement (c’est à dire sainement avec plaisir…etc) en fonction de son savoir-faire accumulé sur des années. Et nous avions plaisir à le croire car l’histoire racontée, par lui ou par ses « critiques » allait correspondre à ce que nous allions vivre.

Or si une histoire raconte des faits passés, lorsque vous vous informez sur un restaurant, l’histoire qui est racontée par le restaurant, le chef voire parfois par un critique gastronomique n’en est plus une, c’est devenu une promesse. La promesse que vous allez revivre à l’identique ou presque l’expérience décrite par celui qui l’a vécu. Et le problème arrive quand la promesse et votre vécu s’éloigne de manière trop importante. Les politiques en savent quelque chose. En clair, si elle est trop éloignée du vécu, vous allez être mécontent et le niveau de mécontentement ira grandissant à mesure que l’écart s’accentuera.

Au passage, on pourra noter que c’est bien ces promesses répétées à longueur de temps qui créent un monde standardisé. On en voit bien les avantages : nous pouvons planifier nos expériences, faire des projections…etc mais on oublie les nombreux inconvénients : pour les clients, aucune surprise, aucune aventure possible, pour le restaurant, une cuisine statique, des équipes stressées et enfin une production alimentaire lissée qui demande une régularité des approvisionnements occasionnant les pressions sur l’écosystème, l’usage intensif de pesticide…etc.

Que se passe-t-il avec Internet ? La promesse qui est proposée par le système des chefs est évaluée en direct et communiquée au « grand public » par le biais des réseaux sociaux . Les nouveaux clients deviennent donc des critiques en puissance capables de mettre des restaurants ou un chef sur la sellette. Et cela provoque une pression évidente dans le système décrit. Je rejette l’argument qui dit qu’un « client » n’est pas un critique gastronomique et donc que sa description de l’expérience n’est pas valable au titre que le client n’apporte en fait que la description de son vécu et n’en fait pas une promesse sur ce que vous vivrez. Le client raconte bien son histoire et rien d’autre là où le critique, à partir d’une ou plusieurs expériences, fait une promesse. Nuance de taille qui clôt ces débats à n’en plus finir me semble-t-il.

Quelles sorties possibles dans cette nouvelle configuration ? Une seule à mon avis : celle d’intégrer la variation de l’expérience dans la manière de raconter le restaurant. Une intégration de la fluctuation, une capacité à accompagner la beauté de l’imprévu au sein de la promesse qui permettra de rester en adéquation avec ce que vivent les critiques mais aussi car c’est eux qui importent, les convives.Et Je dis les convives et pas les clients car ces gens, que le restaurateur accueille chez lui et qu’il régale, sont des participants au sens où il sont impliqués entièrement dans le résultat au même titre qu’un cuisiner.

C’est un changement de paradigme complet. J’en conviens. Celui où l’on sort de la confrontation client-prestataire d’émotion pour retrouver de la proximité et de l’intimité. C’est plus dur car cela signifie un dévoilement de part et d’autre, du cœur, de l’émotion au bout des lèvres.  Mais finalement n’est ce pas pour cela que l’on va au restaurant, pour vivre une fête, une émotion, un échange ?

Pourquoi n’y a t il pas d’autre solution à mon sens ? Tout simplement parce que sinon c’est la standardisation garantie, celle de nos aliments, celle des cuisines, celle du service mais également celle des émotions. Attention elle est en route. Même l’hyper-fluidité des photos en deviendra la proie si nous n’y faisons pas attention. Et ne nous y trompons pas ce n’est pas le client qui le détient mais ceux qui en manipulent les flux par leurs algorithmes.

 

Libération !

liberation_journal

Passionnant ce qui se produit au sein des équipes du « Journal Libération » actuellement. Au-delà des guerres intestines, on peut y lire  un modèle de journalisme qui se cherche.

On se rend bien compte que si la recherche de la « Vérité » est un inconditionnel du métier de journaliste, l’information a pris de nombreuses formes plus ou moins respectables. La recherche du profit notamment a eu raison de la qualité de cette information.  Ainsi comme dans l’alimentaire, il y a d’un côté l’information de qualité, recherchée, croisée, vérifiée, celle qui prend du temps, de l’énergie, un véritable savoir-faire  et de l’autre (pour schématiser) une information rapide, recopiée, maquillée parfois, sans avoir été ni cuisinée ni mâchée.  La seconde ressemble a de l’information mais elle n’en a ni le goût ni les nutriments voire elle pourrait même vous donner des maladies à plus ou moins long terme…

Or, ce qui est passionnant  sur le projet de Libération, c’est bien qu’ils souhaitent adapter l’information de qualité aux comportements de leurs aficionados (j’intègre au-delà des lecteurs ce qui aiment mais dont le journal ne correspond plus à leur modèle d’accès à l’information). Pour continuer la métaphore alimentaire, cette fois-ci avec la restauration, c’est un peu passer du modèle du restaurant étoilé au modèle du bistro gastronomique. Vous avez des plats de qualité dans l’assiette sans le décorum propre aux restaurants de luxe. On pourra alors notamment lire dans le projet du restaurant un mode de forum citoyen qui répondrait à la mode du journalisme participatif d’une manière à la fois convivial et intelligente.

Il me semble que le sujet abordé est bien sur la manière de transmettre l’information, de la partager avec ses lecteurs, d’engager une relation nouvelle entre eux sans pour autant remettre en cause la noblesse du journalisme. Ah qu’il est complexe de se libérer de ses propres blocages !

Bref s’il y a un vrai problème au sein du journal ce ne sont pas sur les solutions envisageables à une crise systémique (propre à toute l’industrie) mais bien sur la capacité d’ouverture et de collaboration dont pourraient faire preuve un « journal » d’aujourd’hui c’est à dire une communauté tri-partite de « lecteurs », journalistes et éditeurs.

 

 

Coeur.

coeur

Au fond de nous, de nos entrailles, chacun d’entre nous, un coeur qui bat, réagissant à nos émotions, sensible. Nous ne sommes pas des machines. Si par le travail en usine nous nous sommes transformé en machine au XIXème, si  par la consommation du XXème nous nous sommes une deuxième fois transformé en machine, aujourd’hui XXIème siècle bien entamé, ne nous laissons pas transformer en machine une fois de plus  par ces acteurs soi-disant omnipotents d’internet. Ne laissons pas nos propres émotions se standardiser pour correspondre à ces réseaux soi-disant sociaux, créons, créons de la diversité, de la différence, de l’authenticité, révélons notre poésie… bref écoutons notre coeur !

En référence deux citations de deux personnes galvanisantes sur ce sujet avec les liens vers deux de leur vidéos que j’aime écouter régulièrement. Un joli cadeau pour la Saint Valentin !

« Notre société c’est une cabale contre l’imagination (…) L’organisation mondiale veut conserver tout pareil. C’est le mouvement rien ne veut changer » Jodorowsky 

« Nous sommes dans un monde ou le sens s’inscrit dans un plein (…) Le sens c’est un vide, le sens c’est un manque(…). La pensée c’est pas ça, c’est pas cette activité volontaire,  programmée.
La pensée sauvage c’est ça :

J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t’en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends

Un court poème de Guillaume

J’appelle ça de la pensée et comme c’est traduit dans cette forme superbe c’est devenu de la poésie. La pensée nous effleure. (…) la pensée ne cherche pas  à coller à la réalité, c’est précisément ce qui empêche la réalité de prendre » Jean Sur

Terroircamp III

tc gaillacois

Il me reste quelques bonnes impressions du TerroirCamp dans le Gaillacois.

Collectif collaboratif interactif, une rencontre, des liens qui se créent, des initiatives partagées. La table ouverte en est un peu la cristallisation , le point d’orgue avec des recettes-histoire de chaque participant…

Sensibilité artistique,  Lionel Loetscher nous emmène dans sa recherche poétique sur les paysages, comme un souffle à part dans cette confrontation entre les producteurs campagnards et les citadins consommateurs, un pas de côté qui fait du bien et sollicite le rêve et l’imaginaire

L’image pour mémoire, pas n’importe quelle image, quelque chose comme de la BD sur un support en face , nous sommes entourés par nos réflexion, une jolie fresque de sens que l’on mettra en ligne pendant le week-end. Merci Simplixi pour cette fresque  et aussi Aestetype pour avoir matérialisé nos échanges sur le digital.

Pas de producteur, pas de paysan présent ? oui, ce n’est pas facile de venir là, pour y voir quoi, y faire quoi ? C’est comme un autre monde une autre vision et un paysan peut se demander à quoi bon… Donc allons dans les fermes et parlons de ce qui les intéresse. Simple et direct.

En conclusion,  le terroircamp c’était magique. Voir comment nos énergies se combinèrent pour créer cette rencontre, découvrir des créations culinaires de chaque participant avec leurs histoires qui se déploient sous nos yeux comme des cadeaux,  rencontrer une vraie bienveillance entre des personnes provenant d’environnements différents mais se retrouvant autour d’une même passion. Oui c’est magique.

Le numérique à la Mêlée, tout un poème !

la mêlee 2013Les salons professionnels sont ces endroits placés le plus souvent dans des banlieues plus ou moins lointaines où l’urbaniste a tenté des « expériences »… au sein de bâtiments dont les architectes préfèrent oublier l’existence tellement l’association confort et salon, celui que l’on a tous tenté de créer chez soi avec un succès plus ou moins grand mais toujours bien supérieur à ces endroits sans âmes, n’a pas lieu d’être ici. C’est donc avec une certaine réticence que je me rends dans ces salons, qu’ils concernent le vin, la cuisine ou le numérique comme à la mêlée cette semaine.

Alors quand à 8h15 devant une assistance clairsemée mais bien présente, Stéphane Distinguin nous parle de Californie et nous enjoint à créer un burning man à Toulouse (parce qu’à Paris ce n’est clairement pas possible), on pouvait sentir que La Mêlée avait décidé de prendre un vrai tournant dans sa représentation. Le numérique ce n’était plus seulement de l’économie, du business mais aussi de la culture, de la mode, des couleurs… le numérique sortait de l’informatique pour devenir un mode de vie…et les entreprises allaient s’en emparer…

Et il y avait de cela d’ailleurs dans les stands.. une agence créative ? Oui avec Aestetype, deux compères bluffant touchant à la scénographie numérique (leur projet public notes était présenté) et la bûche maitresse,  des startups associant goût et numérique ? Oui encore avec Clic Terroir et Slowsense mais surtout Sigfox, la start up du moment qui pourrait enfin prouver qu’il n’y a plus besoin d’être dans la silicon Valley californienne pour créer une innovation avec des applications planétaires, sigfox dont une application m’a beaucoup touché moi le terrien : celle dédiée à POCTEFA pour lequel la société crée un système de suivi du bétail en zone pastorale en combinant un système de géolocalisation et de transport de l’information.

Un petit air de THSF voire de terroircamp ;)… à creuser pour 2014 !