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Economiser l’attention

Il y a 14 ans, il paraît que les américains tenaient en moyenne 12 secondes leur attention…ça doit être à la mesure de l’univers saturé dans lequel on se trouve. On en serait même incapable de discerner le faux du vrai (voir commentaire ici sur une note concernant le second degré réalisé par le blog Affordance.info).

Il y aurait donc un trop plein d’information. Banalité répétée à l’envi depuis de nombreuses années. L’infobésité

Pourtant Deleuze, propose une autre interprétation :

 Les forces de répression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer. Douceur de n’avoir rien à dire, droit ne n’avoir rien à dire, puisque c’est la condition pour que se forme quelque chose de rare ou de raréfié qui mériterait un peu d’être dit. Ce dont on crève actuellement, ce n’est pas du brouillage, c’est des propositions qui n’ont aucun intérêt.
Gilles Deleuze (L’Autre Journal, n° 8, octobre 1985, entretien avec Antoine Dulaure et Claire Parnet ; repris dans Pourparlers, Minuit, 1990.). lu ici

Avoir de l’intérêt, c’est à dire faire écho à notre propre vie, au sens qu’on lui donne dans ce monde.  Le silence, pour « que se forme quelque chose de rare ».

Cela me rappelle le travail de clown : ce moment où sur scène en improvisation totale, on se retrouve face au spectacle, avec un vide immense en soi. On est sur scène et on a rien à dire. Pourtant dans les profondeurs de notre être, quelque chose émerge et ce vide, ce silence dont on a si peur devient alors une source de justesse, quelque chose émane qui va donner du sens à notre présence sur scène.

Cela me rappelle que je suis allé voir un vigneron il y a quelques jours chez lui en pleine nature, quelqu’un dont j’apprécie le travail profondément. Et pourtant je n’avais rien à dire. Juste heureux d’être là avec lui, goûter ses vins, regarder l’environnement.

Enfin, cela explique que parfois, je n’ai pas envie de participer à la diffusion d’information inutile, que j’ai envie de laisser passer du temps, triturer les matières récupérés en reportage pour en faire sortir, j’espère, quelque chose de rare, en tout cas de juste.

 

(Photo de couverture) : Peinture, 324 x 362 cm, 1986 (Polyptyque I) Donation Pierre et Colette Soulages pour le Musée Soulages à Rodez. Extrait du site internet du musée.

Silence


Dans un moment comme le notre ou nos sens sont saturés d’information, ces temps de silence sont presque assourdissants, nous ne savons plus nous y installer et nous devenons esclaves de nouvelles sollicitations.
Pourtant, cette oeuvre de John Cage offre lorsque l’on se laisse aller à l’entendre, la possibilité d’écouter ce qui se passe autour de nous et en nous, de recréer des liens, construire des histoires , prendre le temps de laisser la pensée s’épanouir… Assurément une forme de méditation.

4’33 » c’est finalement bien peu pour grandir encore un peu.

 » c’est du sperme du silence que sont nées les montagnes  » Hawad